La miséricorde insondable de Dieu

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Depuis la semaine passée, nous écoutons les épisodes assez saisissants sur la vie et la royauté de David. Dans l’ensemble, David n’a pas eu un parcours assez lisse mais plutôt plein de rides. On dit souvent en spiritualité que la corde de la sainteté n’est pas lisse ; elle est faite de nœuds : tout d’abord, David était un grand guerrier qui a versé beaucoup de sang ; il y a du sang sur sa main ; il a été ensuite persécuté par le grand roi Saül qui a attenté à sa vie plus d’une fois pour l’éliminer. Une fois devenu roi, il ne fera pas grande différence car il va tuer Ourias son chef de guerre pour prendre sa femme et cela attirera le châtiment sur son fils né de Bethsabée qui mourra ; il entreprendra lui-même, sans demander l’avis de Dieu, de recenser le peuple de Dieu et cela a attiré aussi la colère de Dieu qui fait mourir 70.000 israélites de peste.

A travers cette relecture, aux yeux des hommes, David n’est pas en odeur de sainteté devant Dieu ; il peut encourir le châtiment divin. Mais le paradoxe se fait voir dans la première lecture de ce jour tirée du livre de Ben Sira le Sage. En effet l’auteur sacré dit que « Le Seigneur a enlevé les péchés de David, il a pour toujours exalté sa force, il a fondé sur lui l’Alliance avec sa dynastie, le trône de gloire d’Israël » (Si 47, 11). Dieu a-t-il canonisé les péchés de David ? Dieu est-il ami ou complice du péché ? Dieu ne hait-il pas le péché ? N’a-t-il pas horreur du péché ? Avec certitude, nous croyons que Dieu déteste le péché mais il aime et il fait miséricorde au pécheur. L’attitude de David dans les péripéties de sa vie est soulignée et est résumée en une seule phrase : « De tout son cœur, David a chanté les psaumes, il a aimé son Créateur ». Le péché n’a pas diminué la vocation de louange chez David ; il n’a pas non plus diminué sa vocation d’aimer son Créateur.

Dieu nous a créés par amour et il attend de la part de sa créature une réponse d’amour. Nous sommes appelés à aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre force, de tout notre esprit comme il est écrit dans le deutéronome. Nous ne sommes pas notre propre origine ; nous sommes créature et notre origine se trouve en Dieu. Se reconnaître comme créature faible, marquée ontologiquement par le péché et qui ne peut pas se passer de son Créateur est le début de la sagesse qui conduit à la sainteté. Nous sommes aussi créés pour contempler la face de Dieu un jour et l’adorer pour l’éternité dans le Paradis ; c’est là la prédestination de tout homme, la raison pour laquelle nous sommes créés. Une foule innombrable d’anges et de saints rendent adoration et chantent sans cesse des cantiques de louange à Dieu et à l’Agneau assis sur son trône sans cesse dans le ciel. Nous aussi les vivants, nos louanges et notre adoration que nous faisons monter de la terre vers le ciel à Dieu dans la liturgie est une anticipation du ciel sur la terre. David l’a su bien compris et il vivait déjà la liturgie céleste sur la terre à travers la composition et la récitation des psaumes. L’amour de David pour son Créateur est la source de sa conversion, de son rachat et de sa sanctification.

La miséricorde de Dieu ne cessera de surprendre la logique humaine : les plus grands pécheurs sont les plus grands saints : C’est le cas de Marie-Madeleine, de Zachée, de Mathieu le publicain ; et le Bon larron qui a volé in extremis le ciel. Chose curieuse, il est le tout premier saint à être canonisé par Jésus lui-même ! « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » A travers cette lecture, le chrétien est invité à revoir sa vie et sa participation à la liturgie de l’Eglise : Quelle est la qualité de ma participation à la liturgie de la parole et de l’Eucharistie, aux sacrements aussi ? Quel est le degré et la profondeur, la vérité et la sincérité de mon adoration devant le Saint Sacrement ? Quel amour ai-je pour Dieu ? Ai-je vraiment du zèle pour l’adoration personnelle au moins une fois dans la semaine ? Quelle assiduité dans la lecture personnelle de la Bible ? Ma vie chrétienne me rapproche vraiment-elle de mes frères les humains par la compassion, la solidarité, la fraternité ? Toutes ces interrogations peuvent nous aider à revoir notre vie de chrétien afin que l’amour de Dieu et le devoir de louange à lui rendre puissent consumer nos péchés dans le feu de la miséricorde divine et que nous soyons purifiés au jour le jour en vue de la sainteté.

Que Saint David intercède pour nous. Amen !

Père Thierry Guefli

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