Le « oui » à Dieu

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Sur le chemin qui mène au ciel, il fallait engager une course en prenant une seule échelle : l’échelle de la charité parfaite.  Arrivé à un niveau de son parcours, pas trop loin de la porte du Royaume des cieux, le catéchiste se retourna tout essoufflé, cherchant à voir ceux qui étaient derrière lui. Très surpris et déconcerté, il aperçoit, et en plus très loin de lui le curé gémissant, encore plus épuisé que lui. Le catéchiste lui lança respectueusement : Oh mon Père, vous, derrière là-bas ! je vous croyais déjà assis à la droite du Père ? que faites-vous là mon Père ? Le curé, évitant tout long discours, lui fait signe d’un doigt sur les lèvres : shuuuuuut, Monseigneur est encore très loin….. shuuuuuuut.

Bien-aimés du Seigneur, cette anecdote si amusante mais pleine de vérités me vient merveilleusement à l’esprit devant les lectures que nous offre la liturgie de ce vingt sixième dimanche du temps ordinaire de l’année A. Après nous avoir instruit sur des aspects fondamentaux de nos relations fraternelles à savoir : la correction fraternelle et le pardon à offrir sans cesse ( XXIII et XXIV dimanche), depuis dimanche passé, Jésus nous présente des paraboles sur le Royaume des cieux, mieux, sur les conditions de notre accès à ce Royaume. L’histoire du catéchiste, du curé et de l’évêque sur le chemin du Royaume peut avoir comme conclusion cette parole forte de notre Seigneur lui-même : ce n’est pas en me disant Seigneur Seigneur qu’on entrera dans le Royaume des cieux mais en faisant la volonté de celui qui m’a envoyé (Mt 7, 21) Et aujourd’hui, il est justement question de l’accueil et de la mise en application de cette volonté de Dieu dans notre vie quotidienne. Il est question de notre identité chrétienne et de sa concrétisation à travers nos attitudes ou actes de chaque jour : ce que nous appelons ordinairement la conversion ou le changement de cœur. Dans l’évangile, le premier fils envoyé par le Père répondit : je ne veux pas, mais ensuite s’étant repenti, il y alla. Telle est la vraie attitude que le chrétien est appelé à imiter. Se laisser chaque jour guider, toucher, interpeller, transformer par la Parole de Dieu afin de quitter les vieilles habitudes, les penchants mauvais. Cependant, s’afficher comme chrétien, chercher à paraitre bon ou fervent le matin, et le soir se livrer à des actes incompatibles avec le Credo professer le matin, c’est tout simplement demeurer un Judas, ou un anti Christ, au cœur de l’Église et de la société, source de scandales ou d’obstacles sur le chemin de ses frères et sœurs, malheur pour soi-même. Heureusement on ne blague ou on ne trompe pas Dieu.

Sur le plan de la foi ou dans notre vie spirituelle la maxime populaire : l’intention vaut l’action, ne peut jamais être tolérée encore moins vérifiée. Le propos, même réitéré, de se convertir n’est pas la conversion. En rester aux déclarations d’intention devient scandaleux, et ferme l’entrée dans le Royaume de Dieu. Quand il reviendra dans sa gloire, le Fils de l’homme reconnaîtra comme siens tous ceux qui, même sans se référer à lui, ont agi selon la volonté du Père, se sont détournés de leur méchanceté. Tel est le sens des propos louangeurs de Jésus à l’endroit de certaines catégories de personnes que nous, avons tendance à déclarer d’office admis en enfer : les publicains et les prostitués vous précèdent dans le Royaume des cieux…. Ils ont cru à la Parole de conversion proclamée par Jean le Baptiste, tandis que les grands prêtres, les anciens se croyaient déjà admis au Royaume, mais rejettent la Parole de conversion.

Mes frères, mes sœurs, il ne suffit vraiment pas d’être baptisé pour s’affirmer chrétien mais il faut que le oui du baptême soit sur nos lèvres jusqu’à notre dernier souffle. Beaucoup malheureusement, demeurent baptisés sans chercher à devenir chrétiens véritables et authentiques. C’est la raison pour laquelle le prophète Ezéchiel nous invite constamment à la conversion afin de trouver la vie dans le Seigneur : si le juste se détourne de sa justice, commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra et non à cause du péché d’un autre. De même, le méchant qui abandonne sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice sauvera sa vie. Nous sommes responsables de nos actes, de nos oui ou de nos non, et nous devons tous en rendre compte au jour du jugement.

Frères et sœurs, il est beau d’avoir la foi, mais il est encore meilleur de traduire sa foi chaque jour dans sa vie. Prenons donc à cœur ces recommandations fraternelles que saint Paul nous livre dans sa lettre aux Philippiens : s’encourager avec amour, rechercher l’unité ; ne pas être intrigants ni vaniteux, mais avoir assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à nous, se préoccuper des intérêts des autres. Tels sont quelques actes d’affirmation et de manifestation de notre oui donné au Père, oui d’être chrétien pour toute la vie en faisant sa Sainte Volonté. Que le Seigneur qui est tendresse et pitié soutienne nos efforts sur le chemin de la conversion, afin que notre oui soit oui et notre non toujours non cf Mt 5, 37, Lui qui est vivant maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

Fr Édouard Aimé de Dieu NOUCHET, formateur des frères franciscains, Couvent d’Adidogome

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