Pour éclairer, la chandelle doit se consumer

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Mercredi 04 novembre 2020 : Mémoire de Saint Charles Borromée
• Lecture : Ph 2, 12-18
• Psaume Ps 26 (27), 1, 4, 13-14
• Évangile : Lc 14, 25-33


Frères et sœurs en Christ,
En ce jour où nous faisons mémoire de Saint Charles Borromée, qui fut Cardinal et Archevêque de Milan, la première lecture nous maintient à l’école de Saint Paul.

En effet, s’adressant à la communauté de Philippe, l’apôtre nous encourage à obéir à Dieu en travaillant ardemment avec sa grâce, dans le respect des autres, pour notre salut. Il y a ici une interpellation. Car les médias et les réseaux sociaux, derrière lesquels se cachent des personnes ténébreuses, veulent nous obliger à être fiers d’avoir manqué du respect aux autres. Ne prenons pas ce chemin de contre-témoignage qui est un chemin de mort. L’Evangile est « Bonne Nouvelle » et non « mauvaise nouvelle ».

Comment l’annoncer si nous sommes nous-mêmes tristes et craintifs avec un visage assombri, un cœur rempli de murmures, un esprit abattu et découragé, une vision privée d’espérance ? Depuis sa prison et dans ses chaînes, Saint Paul nous appelle à la sérénité et à une existence lumineuse. Il écrit : « faites tout sans récriminer et sans discuter ; ainsi vous serez irréprochables et purs, vous qui êtes des enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération tortueuse et pervertie où vous brillez comme les astres dans l’univers, en tenant ferme la parole de vie ». Pour que la joie de l’Evangile soit réelle et partagée, Paul est prêt à verser son sang : « si je dois verser mon sang pour l’ajouter au sacrifice que vous offrez à Dieu par votre foi, je m’en réjouis et je partage votre joie à tous. Et vous, de même, réjouissez-vous et partagez ma joie. »

Combien sommes-nous encore, aujourd’hui disciples du Christ, à être prêts à souffrir jusqu’au don de notre vie pour que les autres soient dans la joie ? Notre orgueil et notre égocentrisme, qui relèvent d’une véritable idolâtrie du « moi », nous empêchent d’être des artisans de la joie. On préfère avoir un visage sombre et grave que de sourire en saluant les autres. C’est triste que beaucoup puissent investir dans les soins du visage et qu’ils dépensent follement pour des maquillages en vue d’une beauté du visage et au même moment, dans leurs quartiers où des enfants ont faim, ils leurs serrent la mine. Pire encore, ils s’autorisent à parler mal ou à insulter ce voisin à cause de sa misère et à qualifier ses enfants de sales, bruyants et sans éducation.

Frère et sœurs, quand Jésus est dans un cœur, ce cœur demeure dans la joie et la partage par la parole et les actes. A juste titre, le Pape François nous enseigne que : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours… » (Evangelii Gaudium n°1).

La luminosité que nous avons à communiquer, à temps et à contretemps, à nos frères et sœurs c’est la joie de Dieu dans nos vies et donc c’est le Seigneur lui-même. Le Psalmiste déclare : « Ma lumière et mon salut c’est le Seigneur ». Notre tristesse et nos contre-témoignages ne viennent-ils pas du fait que nos vies sont des fois bâtis non pas sur le Seigneur, mais sur « les pseudos lumières » de l’exploitation des pauvres, de l’argent facile, de l’esclavage de l’avoir et du paraître, de la fausse mystique ésotérique dont les initiations maçonniques et rosicruciennes, sans oublier le yoga, la magie noire, le new-age, la théosophie…

 Mon frère, ma sœur, quel que soit la situation, reste fidèle. Comme le Psalmiste, proclame ta foi : « j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants ». Oui « espère le Seigneur, sois fort et prends courage : espère le Seigneur. ». Car le chemin de la surabondance de vie en Jésus Christ (cf. Jn 10,10), exige sacrifice et le dépouillement.

Jésus nous a dit dans l’Evangile que nous venons de proclamer : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. » et il continue : « celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ».
Renoncer à tout et prendre sa croix de chaque jour, dans la joie à la suite du Christ, telle est le projet de vie du disciple du Christ.

Posons-nous les questions : Qu’ai-je fais avec les croix de ma vie ? A quoi ou à quelle situation ou encore à quelle relation dois-je renoncer, même si c’est douloureux ?  Prenons garde à la façon dont nous construisons la tour de notre vie et aux combats que nous menons. Le risque de faire de nos vies de l’inachevé est réel. Si nous ne comptons pas totalement sur le Christ, nos combats seront inutiles et nous allons être des vaincus par le prince de ce monde.

Prions et prenons modèle sur Saint Charles Borromée qui a quitté la grande richesse pour devenir prêtre, puis évêque, en annonçant la Parole de Dieu, enseignant, réformant les séminaires, soignant les malades de la peste et nourrissant les pauvres victimes de la famine. Il aimait dire à ceux qui lui prêchent le repos : « pour éclairer, la chandelle doit se consumer ». Comme lui, vivons pour le Christ et consumons-nous pour lui dans le service gratuit de nos frères et sœurs.

P. Pierre Marie Chanel AFFOGNON

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