Homélie de Mgr Barrigah à l’ordination presbytérale ce 19 décembre 2020

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Très Révérend Père Vicaire Général,

Révérends Pères Concélébrants,

Frères et Sœurs de la vie consacrée,

Chers élus du jour,

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ et en humanité,

Et vous les parents, amis, connaissances de ceux qui dans quelques instants vont recevoir la grâce du sacerdoce ministériel,

Je vous salue avec joie et de gratitude.  Soyez tous les bienvenus. Je salue également tous ceux et celles qui, à travers les divers médias, sont en communion avec nous en ce jour si spécial où la paroisse Cristo Risorto célèbre l’apothéose du 10ème anniversaire de la consécration de son église ; jour où le Seigneur nous accorder aussi la grâce de 15 nouveaux prêtres.

Notre famille archidiocésaine tressaille de joie et est pleine de reconnaissance au Seigneur car, dans sa miséricorde et son amour, il va nous accorder un don si précieux : 15 de ses fils, frères et amis vont recevoir l’ordination sacerdotale. Tout à l’heure, par l’imposition de mes mains et la prière consécratoire, ces diacres qui se tiennent devant nous deviendront à jamais des prêtres de Jésus-Christ, pour sanctifier et gouverner, instruire et bénir au nom et en la personne de Jésus –Christ.
Notre presbyterium se réjouit d’accueillir de nouveaux membres et notre Eglise archidiocésaine de nouveaux Pasteurs que le Seigneur lui-même nous envoie. Sous nos yeux émerveillés va se réaliser un prodige inouï, un acte d’alliance, le miracle de la grâce de Dieu qui associe des hommes pauvres et fragiles au sacerdoce éternel du Christ.
J’introduis ma méditation de ce jour d’action de grâce par une édifiante anecdote racontée par Pino Pellegrino, une histoire qui donne tout son sens à leur choix. Un roi particulièrement riche traversait le désert accompagné de nombreux serviteurs qui le suivaient en caravane. Soudain, l’une de ses cantines portées par un chameau glisse et tombe en répandant sur le sable des centaines de pierres précieuses, aux couleurs éclatantes.
Aussitôt les serviteurs se jettent sur le trésor qu’ils empochent avidement, chacun pour son compte, laissant le roi poursuivre tout seul la traversée. Mais après quelques dizaines de mètres, celui-ci entend derrière lui un bruit de pas et se retourne pour voir d’où il venait. C’était l’un des serviteurs qui le suivait. « Tu ne t’es donc pas arrêté avec les autres pour ramasser les pierres précieuses » ? Lui demande-t-il d’un air tout étonné. « Non, mon roi, dit le serviteur. J’ai décidé de vous suivre parce que vous valez plus que tous les trésors du monde ». Très ému, le roi lui dépond : « Tu ne m’as pas abandonné pour des pierres précieuses ; moi non plus, je ne t’abandonnerai jamais ».
Chers amis, vous avez choisi de suivre le Roi des rois, en laissant derrière vous les avantages de ce monde. Vous auriez pu, comme les jeunes de votre âge, chercher à vous tailler une belle place dans la société en embrassant une carrière professionnelle en mesure de vous offrir une situation enviable. Vous auriez pu fonder une famille comme tous les autres. Mais vous avez préféré répondre à l’appel de Dieu en le suivant humblement comme des serviteurs. Ce matin, je voudrais vous adresser quelques brèves exhortations en partant précisément de cette histoire.

Tout d’abord, soyez réellement des amis de Dieu. C’est lui qui vous a fait l’honneur et la grâce de vous appeler, comme le souligne la Lettre aux Hébreux. « Tout grand prêtre, en effet, est pris parmi les hommes ; il est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés…… On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on est appelé par Dieu, comme Aaron. » De même, le Saint Pape Jean Paul II écrivait : « Être prêtre veut dire se lier particulièrement d’amitié avec le mystère du Christ, avec le mystère de la Rédemption, dans lequel il donne  » sa chair pour que le monde ait la vie  » Nous qui célébrons chaque jour l’Eucharistie, le sacrement du Corps et du Sang, porteur du salut, nous devons être en intimité spéciale avec le mystère dont ce sacrement tire son origine. Le sacerdoce ministériel s’explique seulement et exclusivement dans la ligne de ce mystère divin, et c’est seulement dans cette ligne qu’il se réalise (Jean Paul II, Lettre du Jeudi Saint 1983).

L’amitié, vous le savez bien, repose essentiellement sur la confiance. Le Seigneur vous a fait confiance, malgré vos fragilités et limites dont vous êtes bien conscients. A votre tour, faites-lui totalement confiance en tout temps ; soyez fortement attachés à lui et abandonnez-vous dans ses mains. L’amitié avec le Christ suppose une vie intense de prière, une communion permanente avec lui. En effet, sans la prière, vous ne pourrez pas tenir longtemps ; votre enthousiasme ne pourra pas rester constamment allumé. Que votre cœur soit rempli de la présence du Christ pour éviter qu’il ne se laisse envahir par des désirs, des choses et des personnes qui vous éloigneront de lui. Notre cœur, le cœur de l’homme, n’est pas fait pour rester vide ; il est fait pour être rempli. Et si Dieu n’y occupe pas la première place, ce sont les mondanités qui y régneront.

Soyez des serviteurs. Le monde ne connait qu’une loi, une seule, celle de la domination. Il ne comprend qu’une logique, une seule, celle de la recherche de soi. Il ne poursuit qu’un objectif, celui de tout attirer vers soi. Le Christ, au contraire, nous invite à imiter son propre exemple, en nous abaissant devant les autres pour leur laver les pieds : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Mes chers amis, apprenez à servir vos frères et sœurs sans distinction, en particulier les plus pauvres. Servir un riche est souvent facile parce qu’on attend de lui une récompense. Servir un pauvre est gratuit et cela est bien souvent beaucoup plus difficile. Apprenez à servir à la fois ceux qui vous aiment et ceux qui vous détestent, ceux qui sont reconnaissants et ceux qui vous méprisent. Le service auquel le Seigneur vous invite peut vous exposer à de grands sacrifices ; acceptez-les généreusement au nom de votre foi.

Je voudrais saisir cette occasion pour remercier les prêtres qui exercent leur ministère dans des conditions difficiles ; ceux qui se dévouent corps et âme en s’imposant des renoncements. L’Archidiocèse ne se réduit pas aux grandes paroisses ; il compte aussi des périphéries et des localités aux conditions précaires. Merci à vous qui accueillez dans la foi les services qui vous sont demandés.

En cet instant, il me vient en mémoire une rencontre que j’ai eue il y a quelques jours avec un jeune prêtre que j’avais nommé dans une quasi-paroisse. Après l’avoir visité, il est venu me rendre compte de ce qu’il y a vu. Monseigneur, a-t-il commencé, en arrivant sur les lieux, j’ai été choqué et je me suis demandé si cette quasi-paroisse était prêtre pour son ouverture cette année. Puis je me suis mis à penser aux conditions qui étaient celles des premiers missionnaires et je me suis dit : si le Seigneur m’envoie ici, j’y vais bien volontiers. Monseigneur, ayez confiance, j’irai sans aucun problème. Dans mon cœur, j’ai béni le Seigneur pour ce jeune prêtre qui, devant des difficultés si évidentes que je comprenais tout à fait, a su faire le saut de qualité. Voilà ce que signifie servir sans conditions.

« Le sacerdoce, dit le Saint Pape Jean Paul II, nous est donné pour servir constamment les autres, comme le faisait le Christ Seigneur ; nous ne pouvons donc y renoncer en raison des difficultés que nous rencontrons et des sacrifices qui nous sont demandés. Comme les Apôtres, nous avons tout quitté pour suivre le Christ et il nous faut persévérer à ses côtés, en acceptant jusqu’à la croix » (Jean Paul II, Lettre du Jeudi Saint 1979 n. 4).

Soyez cohérents. Malgré vos limites et vos fragilités, efforcez-vous de maintenir la parole donnée. Prenez au sérieux les engagements que vous venez d’assumer solennellement devant Dieu et son Peuple. Vous n’êtes pas des anges, nous le savons, mais cherchez humblement à être fidèles à votre conscience devant Dieu. Sur ce point, je voudrais saisir cette occasion pour insister sur la promesse de chasteté dans le célibat que nous faisons à notre ordination.« Tout chrétien qui reçoit le sacrement de l’Ordre, écrivait Jean Paul II, s’engage au célibat, en pleine conscience et en toute liberté, après une préparation de plusieurs années, une profonde réflexion et une prière assidue. La décision de vivre dans le célibat, il ne la prend qu’après être parvenu à la ferme conviction que le Christ lui concède ce  » don  » pour le bien de l’Église et pour le service des autres. C’est seulement alors qu’il s’engage à l’observer durant toute sa vie. Il est évident qu’une telle décision oblige non seulement en vertu de la  » loi  » établie par l’Église, mais aussi en vertu de la responsabilité personnelle.

Il s’agit ici d’être fidèle à la Parole donnée au Christ et à l’Église. La fidélité à cette parole est à la fois un devoir et le test de la maturité intérieure du prêtre, elle est l’expression de sa dignité personnelle.

Cela se manifeste dans toute sa clarté lorsque la fidélité à la parole donnée au Christ, par un engagement conscient et libre au célibat pour toute la vie, rencontre des difficultés, est mise à l’épreuve, ou bien est exposée à la tentation, toutes choses qui n’épargnent pas le prêtre, pas plus que n’importe quel homme ou n’importe quel chrétien. A ce moment, chacun doit chercher le soutien dans une prière plus fervente. Il doit, grâce à la prière, retrouver en lui-même l’attitude d’humilité et de sincérité à l’égard de Dieu et de sa propre conscience, dans laquelle justement il puise la force de soutenir ce qui vacille. C’est alors que naît en lui une confiance semblable à celle qui faisait dire à saint Paul :  » Je puis tout en Celui qui me rend fort. «  (Jean Paul II, Lettre du Jeudi Saint 1979 n. 9)

Soyez, enfin, missionnaires. Au cours de ces dernières années, le Seigneur nous a fait la grâce d’ordonner régulièrement, un nombre assez élevé de prêtres. L’Archidiocèse peut se réjouir d’avoir suffisamment de prêtres à son service. Soyons généreux, à notre tour, à l’égard des diocèses qui en manquent.  Je lance donc un appel en faveur de la mission dans la sous-région en comptant sur la disponibilité des uns et des autres pour les envoyer, dès l’année prochaine, vers des diocèses ou pays voisins qui sont dans le besoin.
Chers frères et sœurs,

La fidélité à des engagements aussi élevés exigera de la part de nos frères, comme de nous tous qui les avons précédés sur ce chemin, un effort constant de conversion.

Que le Seigneur vous accorde un ministère fécond et joyeux à la suite du Christ le Bon Pasteur ; que la Bienheureuse Vierge Marie garde votre cœur toujours vigilant et docile à l’Esprit afin de ne jamais rien préférer à l’amour du Christ. Amen !

Monseigneur Nicodème Barrigah, Archevêque métropolitain de Lomé

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