Le souhait de Marie, Mère de Dieu

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Nb 6, 22-27 / Ps 66 (67), 2-3, 5, 6.8 / Ga 4, 4-7 / Lc 2, 16-21

La prière de bénédiction attestée dans le livre des Nombres a été solennellement prononcée par les prêtres du peuple d’Israël et c’est aujourd’hui la première annonce de la parole de Dieu pour nous tous, alors que nous entamons la nouvelle année 2021. Il suffirait de garder dans le cœur le nom sacré de Dieu, JHWH, répété trois fois, qui signifie «je suis là que je suis », pour avancer avec confiance sur le chemin de notre vie quotidienne fragile et vulnérable. N’est-ce pas un acquis de vivre conscient d’être constamment accompagné de la présence fidèle et miséricordieuse du Père uni au Fils dans la relation éternelle de gratuité de l’Esprit Saint.

Pour renforcer en nous cette conscience du Dieu trinitaire qui est déjà en nous et avec nous, au début de chaque année nous sommes invités à contempler Marie la mère de Dieu, dont l’évangéliste Luc note l’éclat de son silence et de sa nature de femme au regard contemplatif : « Marie, pour sa part, gardait toutes ces choses, les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19).

Le plus ancien texte du Nouveau Testament qui nous parle de Marie est précisément celui de la lettre de saint Paul aux Galates entendue aujourd’hui. L’apôtre, inspiré par le Saint-Esprit, n’écrit même pas le nom de Marie, mais se réfère à une « femme », sans prononcer son nom. Il annonce que nous sommes déjà dans la « plénitude des temps » puisque le mystère de l’Incarnation a eu lieu dans l’histoire de l’humanité et du monde, c’est-à-dire puisque « Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la Loi » (Jn 4, 4). Dieu est le « je suis » dans mon existence, dans la vôtre, dans notre existence fragile et vulnérable, dans toutes les phases de la vie, prospère et déficient, joyeux et douloureux, de santé et de maladie, grâce à Jésus, « né de femme, née sous la Loi », déjà mort, enterré et ressuscité pour nous et pour notre salut. Si Jésus n’avait pas été ressuscité des morts, nous ne serions pas ici pour célébrer sa naissance ! C’est pourquoi nous sommes dans la « plénitude du temps » !

De l’évangile, nous avons entendu que « quand les huit jours prescrits pour la circoncision furent accomplis, il reçut le nom de Jésus, comme il avait été appelé par l’ange avant d’être conçu dans l’utérus » (Lc 2, 21). Le nom de Jésus signifie « Dieu sauve ». Jésus ressuscité a inauguré une fois pour toutes la plénitude du temps, qui est différente du temps que nous mesurons conventionnellement. Nous sommes nécessairement dans le temps qui s’écoule chronologiquement. Nous le vivons aujourd’hui, avec le compte d’une nouvelle année.
Quel est le sens du passage des années, des mois, des semaines, des jours, des heures, des minutes, vivre le moment présent avec le poids de la mémoire de notre expérience passée, fait de choix qui ont produit de bonnes et de mauvaises actions ? Quel est le sens du flux éphémère de notre existence et de celui de nos proches et amis, le fait d’attendre un avenir parsemé de possibilités toujours risquées, face à la limite certaine de la mort physique ? Tout ce temps évanescent qui coule et s’écoule, échappant presque à notre contrôle, est rempli de sens par la présence sûre en nous et parmi nous du Père uni au Fils dans le Saint-Esprit qui est rendu effectif ici et maintenant par le don de « l’Esprit de Fils de Dieu le Père répandu dans nos cœurs „ (Gal 4, 6a).

La plénitude de la bénédiction contenue dans le livre des Nombres, priée pendant des siècles par les prêtres du peuple d’Israël, trouve son accomplissement dans cette présence vivante du Saint-Esprit en nous, qui non seulement unit éternellement le Père au Fils, mais unit notre éphémère corporéité vivante très fragile à la nature divine, faisant de nous des « enfants adoptifs » du Père et des « héritiers par la grâce de Dieu » (Jn 4,7).

De quoi héritons-nous ? Marie la Mère de Dieu nous le dit.

En renonçant, comme Marie, à se faire un nom à travers nos conquêtes, nos possessions matérielles, nos diplômes universitaires, les titres que d’autres nous donnent, nous héritons d’abord de la certitude que notre existence fragile et vulnérable continuera après le décompte éphémère du temps chronologique de nos années sur cette terre. La « femme » a engendré un Fils qui vit maintenant pour toujours, a déjà vaincu la mort et nous fera ressusciter avec lui. Elle l’a engendré dans l’humilité d’être une servante de JHWH dans sa pauvreté, cherchant refuge en Dieu et non dans une sécurité humaine éphémère.

Marie, Mère de Dieu témoigne de la plénitude de la première bénédiction : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde“ (Nb 6, 24). Elle est la « toute gardée par le Seigneur ». En regardant Marie, toute notre existence peut être gardée par le Seigneur ! Alors rien ne sera perdu, non seulement dans la limite finale de la mort, mais aussi dans le drame de toute perte que nous pourrions subir au cours de l’existence, en particulier en raison d’une maladie ou du pouvoir du mal causé par l’égoïsme humain, qui nous fait entrer dans une nouvelle année avec des guerres, des injustices, des dévastations écologiques, des conflits non résolus et surtout cette pandémie mortifère. Toutes ces actions humaines accomplies sans Dieu au commandement n’ont aucune force pour rester éternellement.

Pour cette raison, la deuxième bénédiction du livre des Nombres espère que « le Seigneur fera briller son visage sur nous et nous donnera la grâce » (Nb 6, 25). Nous héritons de l’action libre et unificatrice du Père uni au Fils dans l’Esprit Saint qui « nous donne la grâce » : c’est-à-dire qu’il peut transformer toute situation en grâce, en don, en opportunités de vie nouvelle, même celle marquée par le péché, de l’extrême fragilité d’une maladie, avec le poids dramatique de tant de blessures ouvertes. Il suffit de découvrir « le visage de Dieu qui brille sur chacun de nous » et sur toutes les situations que nous vivons ici et maintenant, à travers la lumière de la Parole de Dieu qui illumine le chemin de notre vie. Une fois de plus, nous apprenons de Marie, la « bienheureuse qui croyait en l’accomplissement des paroles prononcées par le Seigneur » (Lc 1, 45) Marie a dit « oui » à la parole du Seigneur, a renoncé à ses plans, a mis sa liberté et sa volonté à la disposition de la volonté du Père. Elle n’a pas annulé sa personnalité et sa liberté, mais l’a qualifiée en la mettant à la disposition du Père, afin que son plan de salut pour toute l’humanité puisse être réalisé. Elle qui avait découvert la lumière du visage de Dieu dans la prière sur les Saintes Écritures, est devenue la mère du Verbe définitif, la mère du Verbe fait chair. Ceux qui se laissent guider par la lumière de la Parole de Dieu sont étonnés de voir se dérouler autour d’eux des événements et des situations qui ne dépendent pas exclusivement de leur propre initiative humaine, mais du Saint-Esprit qui « donne la grâce » partout. Et puis nous sommes étonnés de la puissance créatrice de la parole de Dieu, car seules les actions choisies et faites à la lumière de la Parole divine deviennent des actions guidées par le Saint-Esprit, mais accomplies par nous, avec notre condition humaine livrée à la volonté du Père.

Voici donc la troisième bénédiction, qui trouve sa plénitude dans le mystère de l’Incarnation et son exemple brillant en Marie, la mère de Dieu : « Que le Seigneur tourne vers vous sa face et vous accorde la paix“ (Nb 6, 26). Le flux chronologique de l’existence personnelle devient une marche en Dieu-Trinité. Marie a pleinement expérimenté que Dieu s’est d’abord incliné devant elle, l’a remplie du Saint-Esprit. Si Dieu l’a fait devenir la Mère de Dieu, elle est maintenant la reine de la paix pour nous tous. Marie nous enseigne que marcher dans la vie en communion avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit signifie vivre au jour le jour avec la conscience que la nouvelle et éternelle alliance entre Dieu et l’humanité est déjà en place.Nous sommes appelés à répondre à ce don gratuit de miséricorde et de confiance du Père, en nous mettant entièrement à sa disposition, pour le Christ, avec le Christ et dans le Christ, afin de devenir, comme Marie, des instruments de gratuité, des artisans de paix, rayonnant d’harmonie de relations, de respect mutuel, non pas pour notre mérite, mais pour le Saint-Esprit qui habite en chacun de nous. Alors dans la nouvelle année, nous sentirons que nous partageons le projet de la fraternité universelle parce qu’en nous le Saint-Esprit crie joyeusement pour l’unité dans l’unique « Abba – Père ».

Je vous souhaite de la joie, celle des bergers, surprenante même pour moi.

Je vous souhaite des yeux clairs qui vous permettront au cours de cette nouvelle année 2021 de ne jamais perdre de vue mon Fils.

Je vous souhaite un Père « ABBA », tendresse et pardon.

Je vous souhaite des rêves libérateurs et merveilleux comme ceux de mon mari Joseph.

Je vous souhaite des révélations comme celles qui ont marqué ma vie.

Je vous souhaite une famille aimante enchevêtrée, heureuse même si parfois fatigante.

Je vous souhaite de vivre le temps et de vivre dans la fécondité du bien.

Je vous souhaite un cœur ouvert, si riche qu’il peut toujours dépasser les difficultés et la solitude.

Je vous souhaite des moments difficiles et réels, sans compromis ni connivence.

Je vous souhaite des pensées infinies à garder dans votre cœur pour que vous puissiez savourer, jour après jour, la douceur, les promesses, la créativité, la merveilleuse fécondité.

Je vous souhaite des idéaux, des espoirs, des aspirations et des désirs, compagnons de vos choix de joie et de bien.

De grands rêves ouverts. Des rêves concrets qui ne devraient jamais étouffer, mais toujours se libérer s’ils construisent la vie.

Je souhaite que vous sentiez et soyez toujours le fils de votre Dieu-Père ; frères de Jésus, présence continue de Dieu parmi vous.

Je vous souhaite de rester toujours mes fils, même lorsque vous devez quitter la maison et le village à la recherche de votre liberté.

J’espère être toujours votre mère pour toujours vous révéler les traits de mon Fils : vous pouvez l’aimer comme moi, le suivre comme moi, le contempler inlassablement comme moi, qui ne l’a jamais quitté des yeux même lorsqu’il était suspendu à la croix. Quand j’ai entendu son dernier gémissement et son dernier souffle. Quand je pouvais le tenir dans mes bras, sans vie.

Abbé AKLADJE Georges, Petit Séminaire Saint Pie X d’Agoè-Nyivé

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