Un sur dix…

0
425

Sg 6, 1-11; Ps 81; Lc 17, 11-19

Ceci a l’allure d’une note sanctionnant un examen. Et si c’était la note que le Seigneur te donnait par rapport à ta vie ? Mais ce serait sortir ce texte de son contexte. Mais qu’en est il réellement ?

Le récit des dix lépreux qui nous occupe aujourd’hui se place dans un ensemble, commencé quelques chapitres plus tôt, qui a pour objet la montée de Jésus à Jérusalem et qui se terminera, comme on le sait, par la Passion. Dans ce long passage, Luc cherche à faire découvrir le mystère du salut qui sera apporté par la mort et la résurrection de Jésus.

D’habitude, Luc n’est pas avare de précisions et ses textes fourmillent souvent de détails pittoresques, mais ce n’est pas le cas dans ce récit. Nous sommes au contraire frappés par le caractère vague de ce passage : la seule précision qu’il nous donne, c’est que les lépreux sont dix. C’est tout. Le reste est très flou. Mais cette imprécision générale a un avantage : elle permet de faire ressortir la quintessence du propos.

Dix lépreux. Pourquoi dix ? Pourquoi pas neuf, ou onze, ou quinze ? Faut-il voir dans ce nombre rond une imprécision de plus, ou bien une allusion aux Dix commandements, que les juifs appellent les Dix paroles ?

En tout cas nous devons nous contenter de ce seul détail. Pour le reste, et notamment pour la localisation géographique, le texte reste particulièrement vague : Luc ne nous donne pas le nom du village et nous ne savons pas exactement où ces guérisons ont lieu. Et puis, toujours en matière de géographie, nous sommes surpris de voir que Luc place la Samarie avant la Galilée sur l’itinéraire vers Jérusalem, alors que la Samarie se trouve entre la Galilée et la Judée. Mais cela nous donne un indice et nous met sur la voie pour une bonne compréhension de ce texte : la mention de la Samarie vise un but théologique.

« Allez vous montrer aux prêtres » dit Jésus aux lépreux. Ils s’exécutent et fort heureusement, ils sont tous purifiés. Mais chose curieuse, un d’entre eux revient rendre grâce à Jésus. Et cet homme était Samaritain. Des dix, il est le seul qui revient dire merci.

Pour mieux comprendre ce texte, il faut avoir présent à l’esprit que les populations juive et samaritaine se détestent. Les samaritains se différentient des juifs sur plusieurs points. Et les Evangiles se servent parfois de cette opposition entre juifs et samaritains pour remettre les juifs, et notamment les pharisiens, à leur place. Jésus fait réaliser qu’il retrouve aussi les personnes vertueuses en Samarie (cf. ce texte et celui du bon samaritain, rapporté en Lc 10,25-37).

Par ailleurs, ce texte nous fait comprendre que si les neufs lépreux juifs ont entrainé ce Samaritain en leur compagnie en le contaminant, ce dernier par contre devient la porte par laquelle ils sont passés pour retrouver la guérison.  Nous saisissons plus aisément la portée universelle du salut. Ce n’est pas parce qu’un village est petit que le soleil arrête de l’éclairer de ses rayons. Jésus est venu pour tout homme même pour celui que nous détestons à tort ou à raison.

Abbé Adje Gervais M. AKAKPO, Formateur au Séminaire Propédeutique Saint Paul de Notsé

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici