Laisse entrer le roi de gloire

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Aujourd’hui, dimanche des Rameaux, nous assistons à un épisode incroyable : le peuple accueille Jésus à l’entrée de Jérusalem, des palmes en main, ils exultent : hosanna ! Bénis soit celui qui vient au Nom du Seigneur… Une folie de joie.

Mais c’est ce même peuple qui va crier le lendemain : crucifie-le ! Jésus fut sauvagement exécuté parce qu’il s’était engagé jusqu’au bout pour les pauvres, les exclus et les pécheurs. Jésus connaît bien le cœur de ce peuple et pourtant, il garda silence, cette dualité. Il n’a pas cherché à les réprimander parce qu’ils le louent au bout des lèvres, mais leur cœur est loin de Dieu.  Il est assis, tranquillement, sur son âne et il passe, juste pour nous montrer qu’il est le roi humble et pacifique, qui ne veut régner que sur des cœurs humbles et pacifiques. Il nous invite à être humbles, c’est-à-dire capables d’écouter les autres, de nous défier de notre propre jugement, de reconnaître la part de vérité qui anime les convictions de nos frères, de nous estimer petits devant Dieu.

Il n’a pas caché sa face devant les outrages et crachats. Il pouvait faire descendre le feu sur eux et les exterminer, mais il s’est tu. Dans son silence, il nous montre la toute-puissance de Dieu, que rien n’empêche de faire le bien qu’il a à faire. Il est pacifique et il nous invite à faire comme lui. Pacifiques non pour avoir la paix à tout prix, mais décidés à créer autour de nous les conditions d’une vraie paix dans les cœurs, les familles, nos milieux de travail, partout où nous passons. Malheureusement, nous faisons, parfois au quotidien, l’expérience de la trahison, un peu comme Jésus : ceux qui mangent et jubilent avec vous aujourd’hui sont les mêmes qui vont vous crucifier demain. Mais cela n’a pas empêché, même sur la croix, Jésus de donner la vie au bon larron.

 Tout est possible à Dieu, même dans cette situation folle que l’humanité fait vivre à Dieu. Dieu arrive à tracer sa route et à faire son œuvre de rédemption, son œuvre de gloire. Le Dieu de gloire fera son œuvre dans ce monde déchiré par la souffrance si nous le lui permettons.

Aujourd’hui, nos rues sont désertées, nos lieux de culte fermés. Nous avons des temples où prier, mais nous ne sommes pas autorisés à y entrer pour notre bien-être. Aujourd’hui, dimanche des rameaux, ce ne sont pas des cris de joie, ni des acclamations auxquelles nous sommes habituées. Aujourd’hui, il règne, presque partout dans le monde un silence peuplé d’angoisse. Nous sommes privés de temples, mais nous ne sommes pas privés du temple par excellence qu’est le cœur de l’homme où Dieu habite. Nous ne pouvons pas aller adorer Dieu dans nos églises, mais nous pouvons le faire en esprit et en vérité, dans le fond de notre cœur. Les portes des églises sont fermées, mais la porte de notre cœur n’est pas fermée, ou du moins nous avons la clé pour l’ouvrir. Laisse entrer donc le Roi de gloire. Ouvre la porte de ton cœur, qu’il entre, le roi de gloire ! le fort, le vaillant, le Seigneur, le vaillant des combats. N’ayons pas peur d’ouvrir les portes de notre cœur à Dieu. Faisons lui confiance, abandonnons-nous sereinement à sa volonté parce que nous savons d’expérience que sa volonté n’est que bonne.

La tradition chrétienne veut que l’on emporte, après la messe, les rameaux bénits, pour en orner les croix dans les maisons : geste de vénération et de confiance envers le Crucifié. Aujourd’hui cela n’est pas possible.  Mais ce n’est pas grave. Ne soyons pas crispés à cause de cela. Aujourd’hui, c’est un jour de grâce. Ne compte pas sur demain. Pendant que ton Sauveur passe, Saisis sa puissante main, saisi ton crucifix, exécute chez-toi, dans le fond de ton cœur, seul ou avec les tiens un chant pour célébrer la gloire de Dieu. Laisse entrer le Dieu de gloire pour qu’il fasse en toi son œuvre de gloire.

Père Martin Davakan, O.S.A, Supérieur de l’Ordre de Saint Augustin au Togo, couvent Sainte Rita Lomé.

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