Ne culpabilise pas ta peur

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« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et après ne peuvent rien faire de plus… » (Lc 12, 4).

Les hommes religieux ont toujours voulu dissocier le sens de la peur de la crainte. Peut être parce que c’est gênant d’avoir à parler de la peur comme synonyme de la crainte. Car il y a la crainte de Dieu qui est un des sept (7) dons de l’Esprit Saint. Ils définissent la peur comme un sentiment pénible produit par l’idée ou la vue d’un danger. La définition de la crainte lui est quasiment semblable à la seule nuance que la crainte émane de la liberté. Seul un être libre peut craindre. La peur n’est pas donc liée à un être libre.

Ceci dit, je ne voudrais m’attarder sur ces spéculations lexicales. Dans le développement à venir j’emploierai les mots peur et crainte comme synonymes.
Après ces précisions, penchons-nous à présent sur la peur puisque c’est de cela que nous voulons parler. Le philosophe Sophocle a écrit : « Tout est bruit pour qui a peur ». Il y a comme une perte de l’essence même de la personne qui fait l’expérience de la peur. Lorsqu’on est arachnophobe, c’est normal que nous perdions tous nos reflexes à la vue des araignées. Cette peur crée en nous et autour de nous un bruit qui nous enlève notre quiétude. Il ne s’agit pas d’un bruit sonore. La peur nous paralyse.


Mais pourquoi doit-on nous présenter la peur comme une négativité ? La peur ne serait pas un attribut humain ? N’est-il pas normal d’avoir peur ? Cela me fait penser à ce qu’on nous disait dans notre enfance :  » Un garçon ne pleure pas ». L’histoire de l’Eglise nous a appris qu’au Moyen âge, les chrétiens demandaient les dons de larmes. Quel contraste ! Pour l’heure, ce n’est pas ce qui nous intéresse. C’est bien évidemment la peur.


Essayons de revisiter le cycle d’une vie normale. Il est généralement structuré en trois parties : un premier moment d’équilibre où on n’a besoin de rien. Un second moment où survient un déséquilibre causé par un souci. Et le troisième et dernier moment, c’est le rétablissement de l’équilibre. Par exemple, vous êtes là et vous ne ressentez aucun besoin et soudainement vous éprouvez l’envie de boire. Vous avez soif. Alors il y a un déséquilibre dans votre quiétude. Alors vous avalez un verre d’eau fraiche et vous rétablissez l’équilibre initial. C’est un peu ce que la crainte crée dans notre vie. Elle est source de déséquilibre. Mais cela est positif dans la vie de l’homme. J’irai jusqu’à affirmer que c’est une bonne chose. Et il ne faudrait pas culpabiliser la peur. Jésus dans cette péricope évangélique ne s’oppose pas à la peur. Il nous dit ne pas nous tromper de peur. Il reconnaît donc la normalité de la peur. Car la peur nous empêche de vivre. La peur nous emprisonne. Elle est une entrave à notre liberté.


Mais imaginez un instant quelqu’un qui vit dans un libertinage. Il se croit tout permis. Il fait ce qu’il veut. Il pense avoir le droit de vie ou de mort sur les autres. Sa vie pourrait se transformer en cycle d’addictions. Addiction à la drogue, aux sexes, aux jeux. Il n’a plus de limites. Malheureusement c’est le cas de la plupart des jeunes aujourd’hui. Or face à ces addictions, c’est la peur qui vient causer un déséquilibre. La peur de devenir esclave de tels ou tels péchés. La peur de mal finir sa vie. La peur de la damnation éternelle. Et nous sommes donc amenés à nous rétracter afin de rétablir l’équilibre dans notre vie par un chemin de conversion.


Par ailleurs la peur nous amène à comprendre qu’il y a un vide en nous. Et puisque nous sommes dans une société de consommation, nous pensons combler ce vide par la consommation. Ce faisant, nous nous étouffons car nous nous trompons sur ce qui peut véritablement combler l’abîme de notre vie. Et celui qui peut combler ce vide c’est bien Dieu. Saurons-nous le comprendre comme saint Augustin qui a affirmé : « Tu nous as faits pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi » ?

« Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au dehors et c’est là que je te cherchais, et sur la grâce des choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais ! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas ! »
Faisons de ces mots de l’évêque d’Hippone notre mea culpa à Dieu et retournons à lui d’un cœur sincère.

Abbé Adjé Gervais M. AKAKPO

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