Entre la superstition et la présomption

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Première lecture : Ep 1, 15-23 – Psaume : Ps 8 – Evangile : Lc 12, 8-12

« Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné » (Lc 12, 10)

En fait, c’est le contexte qui permet de comprendre cette phrase. Que se passe-t-il ? Jésus vient de chasser les esprits mauvais. Il vient d’opérer des miracles qui attestent qu’Il est l’Envoyé de Dieu. Or, les scribes et les pharisiens cherchaient toutes les occasions pour le « coincer ». Leur réaction est donc manifeste et immédiate : « Tu es toi-même possédé ! C’est avec la force de Satan que tu chasses les démons ». Autrement dit, le bien que Jésus fait est considéré par les scribes et les pharisiens comme mal.

Après leur avoir démontré le caractère illogique de leur raisonnement, et le vrai sens du signe qu’il accomplit, Jésus les avertit des conséquences de leur mauvaise foi : si en toute connaissance de cause, ils refusent de croire en lui, en s’opposant au témoignage intérieur de l’Esprit de Dieu en eux, alors, c’est qu’ils ont choisi de refuser la vérité. Dieu respecte toujours profondément la liberté de l’homme. Jésus peut comprendre qu’on ne reconnaisse pas sa mission divine. Mais appeler mal, le bien qu’il fait, cela est impardonnable. Confondre volontairement le bien et le mal paraît diabolique.

Il s’agit en réalité de reconnaitre et de professer la foi en Jésus, Fils de Dieu. Découvrir dans les miracles opérés par Jésus, l’action de Dieu. Aujourd’hui cette réalité est vécue autrement : soit nous tombons dans un fanatisme religieux qui engendre une superstition, soit nous versons dans une religion centrée sur l’homme. Nous avons du mal à trouver l’équilibre. Or la vertu réside dans la capacité qu’a l’être humain à faire l’équilibre. Arriver à reconnaitre ce qui vient de Dieu et ce qui pourrait provenir de l’agir humain.

Une dame me racontait un jour qu’elle écoutait des bourdonnements dans ses oreilles. Elle a comme l’impression d’être poursuivie partout elle passe par des gens qui murmurent dans ses oreilles. Elle en déduit que c’étaient les esprits mauvais. Mais je lui ai demandé d’aller consulter un médecin pour plus de certitude tout en la rassurant de ma proximité priante. Après quelques semaines, elle revient me dire qu’elle faisait un début d’AVC. La tendance aujourd’hui est de vouloir tout juger à l’aune de notre foi.

L’autre paire de manche est de nier l’influence du monde surnaturel dans notre vie. Ici, entendons surnaturel comme la sphère des bons comme des mauvais esprits. L’homme croit pouvoir se sauver lui-même. Nos sociétés sont remplies de maîtres en développement personnel. Sur les réseaux sociaux, les gens exposent leurs problèmes à des coach qui leur donnent des solutions. Nous vouons des cultes aux hommes. Nous avons nos idoles pour qui nous nous réclamons fans. Sans l’affirmer, nous professons l’absolutisme de l’homme sur toute chose comme jadis, Protagoras qui écrivait « l’homme est la mesure de toute chose ».

Frères et sœurs, ayons assez d’humilité pour ne pas opposer ce qui pourrait émaner de Dieu d’une part et de l’homme d’autre part.

Dans son encyclique Foi et raison, saint Jean Paul II écrivait que la foi (ce qui vient de Dieu) et la raison (ce qui vient de l’homme) sont comme les ailes d’une colombe qui lui permettent de prendre de l’envol.

Abbé Adjé Gervais M. AKAKPO

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