Soyons dans la joie du Seigneur !

1
2187

Homélie – Message de Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan Administrateur Apostolique d’Atakpamé

La joie est-elle une décision que l’on prend ou une émotion que l’on ressent ? Dépend-elle des circonstances dans lesquelles nous vivons ou plutôt de notre volonté ? C’est à cette question que répondent les textes de ce troisième dimanche du temps de l’Avent appelé précisément « Dimanche du Gaudete » ou « Dimanche de la joie ». En m’inspirant de ces passages de la Sainte Ecriture, je voudrais vous proposer ce matin une réflexion sur le thème de la joie. Comment pouvons-nous être toujours dans la joie, comme nous y invite l’Apôtre Paul ? Quelle est la source de notre joie ? Que devons-nous faire pour demeurer constamment dans la joie, quelles que soient les situations que nous traversons ? En un mot, de quoi dépend notre joie ? Des choses ? De nous-mêmes ? De Dieu ? La réponse à ces questions n’est pas du tout aisée et ce serait une illusion de croire que la joie dépend uniquement des biens matériels, ou de nous-mêmes ou de Dieu seul. En réalité, la joie est une attitude intérieure est liée à tous ces facteurs à la fois, c’est-à-dire à leur harmonie dans notre vie.

Tout d’abord, la joie suppose un minimum de biens pour vivre. C’est ce que
souligne le prophète Isaïe dans la première lecture de ce dimanche lorsqu’il
annonce de la part de Dieu la guérison de ceux qui ont le cœur brisé, la délivrance des captifs, la libération des prisonniers, la justice pour ceux dont les droits sont bafoués et les bienfaits du Seigneur à tout le peuple. Nous avons tous besoin d’un minimum vital pour que notre cœur ne soit pas toujours inquiet et tourmenté : une maison, une famille, un travail, des amis, de quoi nous nourrir, nous vêtir, nous soigner. Nous avons besoin de dignité, de liberté, de compréhension, pour nous sentir en paix. En effet, lorsque dans notre corps ou notre esprit nous faisons la dure expérience de la privation de ces biens, il est difficile que nous éprouvions de la joie. C’est sans doute en pensant à cela que l’auteur du Livre des Proverbes, adressait cette prière au Seigneur : « Seigneur, je n’ai que deux choses à te
demander, ne me les refuse pas avant que je meure ! Éloigne de moi mensonge et fausseté, ne me donne ni pauvreté ni richesse, accorde-moi seulement ma part de pain. Car, dans l’abondance, je pourrais te renier en disant : « Le Seigneur, qui est-ce ? » Ou alors, la misère ferait de moi un voleur, et je profanerais le nom de mon Dieu ! » (Pr 30,7-8). Dans le même sens, Saint Thomas d’Aquin dira plus tard : « Il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu ».

Frères et Sœurs, pour que nos cœurs soient en joie, demandons au Seigneur de nous accorder notre pain quotidien et travaillons assidûment à cela. Par ailleurs, prenons à cœur la situation de tant d’hommes et de femmes qui manquent du nécessaire pour vivre et sentons-nous responsables de leur joie.

La joie est le fruit de l’espérance. La pire des tristesses que puisse éprouver une personne est celle de vivre sans espérance, sans aucune lueur d’amélioration de ses conditions. Lorsque tout espoir parait vain et que l’on n’attend plus rien de la vie, celle-ci peut perdre tout son sens. C’est donc l’espérance qui fait vivre en ranimant notre foi et en renforçant notre amour face au découragement. Une fois encore le prophète Isaïe nous le rappelle en s’écriant : « Je tressaille de joie dans le Seigneur…. Le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. » L’Apôtre Paul va encore plus loin en donnant presqu’un ordre :
« Frères, soyez toujours dans la joie…. » car « Il est fidèle, Celui qui nous
appelle : tout cela, il le fera ». Cette joie dont parle l’Apôtre est enracinée dans la conviction que Dieu tiendra ses promesses et qu’il réalisera pour chacun de nous ce qu’il a promis. Nous voici donc invités à nous réjouir en tout temps car le Seigneur est à nos côtés. Lisez toute la Bible et vous verrez que Dieu réalise toujours ce qu’il dit. Abraham était déjà très âgé lorsque le Seigneur lui promit une descendance ; il crut à la parole prononcée par son Dieu et sa descendance ne peut aujourd’hui se compter. Moïse n’était qu’un fugitif lorsque Dieu lui confia la mission de délivrer son peuple de la main de pharaon. Il fit confiance à celui qui l’avait choisi et le prodige s’accomplit. David était un jeune berger lorsque Goliath défia son peuple ; s’appuyant sur son Dieu il l’abattit rien qu’avec une fronde. Joseph fut vendu par ses frères et plus tard jeté en prison ; cela n’a pas
empêché le Seigneur de réaliser ses songes en faisant de lui le sauveur de son peuple. Ne nous laissons donc jamais abattre, quelles que soient les circonstances que nous traversons.

Je pense, en ce moment à tous ceux qui se demandent ce que nous réservent les mois à venir au regard de la crise sanitaire que nous traversons. Dieu ne nous a pas oubliés. Je pense aux fils et filles de notre Pays qui s’interrogent sur son avenir. La main du Seigneur est sur nous. Je pense à vous tous qui pleurez la mort d’un être cher ; à vous qui, sur un lit d’hôpital ou à la maison, vous interrogez sur votre avenir ; à vous qui avez perdu votre travail et ne savez pas comment faire face aux besoins du quotidien ; à vous qui vous retrouvez en prison sans trop comprendre pourquoi ; à vous qui avez vu votre vie basculer dans la souffrance
sans espoir d’un grand changement ; à vous qui affrontez des épreuves de tous ordres dans le silence apparent de Dieu. Gardez une ferme espérance en Dieu ; il a promis d’être avec nous ; il agira. La joie dépend de l’appréciation de ce que nous avons.

D’après une anecdote intitulée le Cercle des 99, un roi qui était constamment triste avait un serviteur toujours heureux malgré sa pauvreté. Un jour, il appela l’un des sages de son royaume pour lui demander pourquoi cet homme presque misérable était toujours
joyeux et le sage lui répondit que c’était parce qu’il ne faisait pas partie du cercle des 99. Pour illustrer ses propos, il demanda au roi de déposer une bourse contenant 99 pièces d’or devant la demeure du serviteur pour voir ce qui allait se produire. Profitant de la nuit, le roi fit déposer devant sa porte un petit sac contenant les 99 pièces d’or accompagnées de ce message « Ce trésor est à toi. C’est ta récompense pour la bonté de ton cœur ; ne dis à personne comment tu l’as obtenu ». Dès qu’il découvrit la bourse, l’homme s’enferma dans sa chambre pour compter les pièces : il y en avait 99. Pourquoi pas 100 ? Se demanda-t-il tout étonné. Qui a volé ma 100ème pièce d’or ? Il cacha son trésor et se mit à réfléchir à la manière dont il allait gagner la pièce d’or qui lui manquait. Il lui fallait plusieurs années de travail pour cela. Il se mit à travailler dur et perdit progressivement sa joie. Il obligea sa femme aussi à travailler et ne donnait plus rien à qui était plus pauvre que lui. Lentement, il commença à changer. Il n’était plus heureux parce qu’il lui manquait une pièce. Au bout du compte, le roi finit
par le renvoyer parce qu’il était devenu méconnaissable…. Pour une pièce d’or !
L’histoire de ce serviteur qui perdit sa joie alors qu’il venait de recevoir un
véritable trésor met en lumière une caractéristique essentielle de l’homme joyeux : il sait apprécier ce qu’il a alors que l’homme malheureux regarde ce qu’il n’a pas. L’homme heureux se réjouit ce qu’il est et possède ; l’homme triste ne pense qu’à ce qui lui manque. Dieu nous a tant donné ; apprenons donc à valoriser ce que nous avons reçu de lui et nous serons plus joyeux. La joie est inséparable de la bonne conscience et de la fidélité. Une fois encore c’est l’Apôtre Paul qui nous le rappelle après avoir exhorté les Thessaloniciens à la joie : « Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal ». L’expérience montre que la joie est inséparable d’une bonne conduite devant le Seigneur. De fait, celui qui a mauvaise conscience peut éprouver des plaisirs ; il ne pourra jamais goûter la vraie joie qui vient de Dieu. Il peut donner l’impression d’être heureux mais au fond de son cœur, il ressentira toujours le vide qu’engendre l’absence de Dieu. Apprenons à mener une vie droite et nous serons dans la joie.

Je termine ma réflexion par deux petites anecdotes. Un curé avait remarqué dans sa paroisse que de nombreux fidèles sortaient de l’église pendant l’homélie et ne revenaient qu’à l’offertoire. Malgré tous ses efforts pour soigner sa prédication, il n’arrivait pas à les retenir. Il décida donc de leur parler de sujets particulièrement importants comme le ciel, la joie, l’amour, le salut, la Vierge Marie….. Mais l’église se vidait presque toujours de moitié pendant l’homélie. Un dimanche, enfin, après la lecture de l’Evangile, il s’adressa à l’assemblée en ces termes : « Aujourd’hui, je vais vous parler du vol. Si quelqu’un parmi vous peut se sentir blessé ou gêné par ce que je vais dire des voleurs, je le prie de sortir avant que je ne commence ou qu’il se retire lorsqu’il se sentira mal à l’aise ». Ce jour-là, aucun
des fidèles n’est sorti simplement parce que personne ne voulait être traité de voleur.
Vous n’avez pas quitté ce lieu, bien sûr, mais avez-vous bien retenu mon
exhortation ? Gardez-la précieusement au fond de votre cœur pour qu’elle éclaire votre vie.

Un homme alla trouver un prêtre pour lui faire part de ses nombreuses difficultés. Après l’avoir longuement écouté, consolé et prié avec lui, le curé se rend compte que le monsieur était encore profondément triste. Alors il lui dit : « J’ai appris qu’un grand comédien est arrivé dans notre ville et il fait des prestations extraordinaires. Pour oublier tes soucis, tu pourrais aller voir une de ses présentations ». L’homme sourit un instant et lui répond : « Ce comédien, c’est moi ». Totalement surpris, le curé poursuit : « Comment peux-tu donner de la joie aux autres alors que toi-même tu es si triste. Après un moment de silence, l’homme murmure : « Je fais rire les gens mais je ne peux pas apaiser leur cœur. » Comme il avait raison ! La vraie joie vient de Dieu et de nous-mêmes. Les choses matérielles y contribuent sans aucun doute.

Supplions le Seigneur de nous les accorder mais surtout gardons l’espérance, la modestie et la paix du cœur et nous serons dans la joie qui vient de lui. « La joie, disait Léon Bloy est le signe infaillible de la présence de Dieu ». Que le Seigneur nous accorde de vivre dans cette joie qui vient de lui. Amen

Monseigneur Nicodème Barrigah

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici