Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie

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La fête du baptême du Seigneur Jésus clôt le temps de Noël. Ainsi après sa manifestation aux mages, à la solennité de l’Epiphanie, nous le célébrons aujourd’hui dans sa filiation au Père. « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Mc1, 11). C’est le message que porte la voix qui est venue des cieux. Une voix que tous ceux qui étaient au Jourdain, ce jour- là, devraient entendre. C’est bien évidemment la voix de Dieu le Père.

Depuis la naissance de Jésus, il s’est posé la question de sa reconnaissance. D’abord, les bergers qui sont allés le voir après l’annonce faite par l’ange Gabriel ; le vieillard Syméon et la prophétesse Anne qui l’ont rencontré au temple. Ensuite, les rois mages qui, guidés par l’étoile, sont venus se prosterner devant lui. Enfin aujourd’hui, Jean qui va le reconnaitre par la descente de l’Esprit sous la forme d’une colombe, certifiée par la voix du Père qui s’est fait entendre.

Jean ne connaissait pas Jésus. « Et moi je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit :  » Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint ». Moi j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. » (Jn 1, 33-34). Avec ce passage de l’évangile de saint Jean, il nous apparaît plus clairement que Jean baptiste ne connaissait pas Jésus et que c’est au jour du baptême et, aidé surtout par les informations qu’il a reçues de Dieu qu’il a pu le reconnaître.

Nous voici une fois encore confrontés à la question de la reconnaissance. Reconnaître Dieu. Non seulement Dieu mais reconnaître ce qui me procure la joie. Dieu le père voit dans son Fils, la raison de sa joie et invite tous les hommes à lier leur joie à la personne de son Fils.

Il est rare d’entendre directement la voix du Père, dans les évangiles. C’est par le Fils, son Verbe éternel, qu’il se livre à nous et nous parle. Mais, au moins trois fois, au baptême, à la transfiguration et une autre fois dans l’évangile de Jean, l’on voit les cieux se déchirer et la voix du Père résonner. En ces trois occasions, le Père semble n’avoir qu’une seule parole à dire, sa joie à redire : « Celui-ci est mon fils ». Il faudrait oser parler ici, juridiquement, d’une reconnaissance de paternité, l’acte par lequel (implicitement par le mariage ou explicitement en dehors), le père reconnaît son fils et fait ainsi établir sa paternité.

Le nom de Père est un don. C’est un don que les fils font à leurs pères. Le nom de fils, lui aussi est un don : personne n’est fils qui n’a un père. Ce don réciproque passe par la mère : c’est elle qui indique le fils au Père et le Père au fils. Être baptisé à travers l’eau et l’Esprit saint, c’est être engendré dans l’Esprit même de Dieu qui, aujourd’hui, descend sous la forme d’une colombe. L’Esprit saint, le lien d’amour entre le Père et le Fils, Esprit dans lequel nous sommes, nous aussi et à la suite du Christ, engendrés comme chrétiens, est celui qui nous apprend à appeler Dieu du nom de « Abba ».

Dieu n’est pas père, automatiquement. Il y en a qui savent qu’il existe mais qui lui refusent d’être leur père. Il y en a qui savent qu’il existe, qui lui rendent même un culte et qui trouvent que l’appeler Père, c’est tomber dans trop de familiarités indignes de lui. Père est un nom que nous donnons à Dieu, par l’acte même où, plongés dans le baptême, nous acceptons de devenir ses enfants bien-aimés et le reconnaissons comme Père. Une des premières questions que nous devons donc nous poser quand nous faisons mémoire de notre baptême, c’est celle de la reconnaissance que nous accordons à Dieu. Le péché d’Adam et Eve fut d’avoir voulu « reprendre » le nom de Père qu’ils ont donné à Dieu et c’est d’ailleurs la tromperie du Serpent : « vous serez comme lui… » et le péché est continuellement cela : refuser d’accorder à Dieu sa place, vivre dans l’envie du sort des dieux, dans un rêve de toute puissance. Or, et c’est mon deuxième point, le donner à Dieu, c’est s’arracher à la toute puissance et retrouver sa place de fils.

Car parallèlement, le nom de Fils est aussi un don. C’est un don (et on le voit clairement dans l’évangile) que les pères font à leur enfants : ils leur donnent un nom, et avant tout le nom de fils. Mais être ainsi nommé, être appelé fils de Dieu, c’est revêtir une identité particulière.

En cette fête du baptême du Seigneur, la reconnaissance se vit à deux niveaux : celui du Père et celui du fils. Reconnaître Dieu comme son Père et se reconnaître comme fils ou fille de Dieu, le Père. Saint Paul dans sa lettre aux Romains, affirme que Jésus est le premier né d’une multitude de frères (cf. Rm 8, 29). La communication coupée entre nos premiers parents et Dieu, le Père vient d’être rétablie par Jésus. Nous n’avons plus besoin de schèmes pour penser Dieu. L’expression « les cieux se déchirer » vient corroborer cette vérité. Dieu n’est plus loin de nous. Il partage désormais notre quotidien. Si Dieu trouve sa joie en moi comme fils ou fille, pourrais-je en dire autant de Lui ?

Abbé Adjé Gervais M. AKAKPO

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